Contactez-moi pour discuter de vos besoins au 579-883-8798 ou via le info@daphneerogerostinets.com
La rentrée des intervenant-es
réfléchir aussi à ce qui soutient notre pratique
Daphnée Roger-Ostine TS
8/30/20265 min read
La rentrée des intervenant·es :
réfléchir aussi à ce qui soutient notre pratique
La rentrée professionnelle est souvent associée à la reprise des activités, aux nouveaux projets, aux formations à planifier et, pour plusieurs, à une charge clinique qui retrouve rapidement son rythme habituel. Elle peut aussi représenter une occasion de réfléchir aux conditions qui nous permettent d’exercer notre rôle avec compétence, confiance et suffisamment de recul.
Cette réflexion me semble particulièrement pertinente dans le contexte actuel. Les besoins rencontrés dans les services psychosociaux et en santé mentale sont souvent complexes et multidimensionnels. Santé mentale, précarité, trauma, violence, difficultés relationnelles, enjeux familiaux, médicaux ou judiciaires peuvent s’entrecroiser dans une même situation. Parallèlement, la rareté de certaines ressources, les listes d’attente, le roulement de personnel et les transformations dans l’organisation des services modifient les conditions dans lesquelles les professionnel·les exercent leur rôle.
L’essor de la pratique autonome participe également à cette transformation. Il permet le développement d’une offre de services diversifiée et contribue à répondre à des besoins qui trouvent parfois difficilement leur place dans les trajectoires habituelles. Il comporte toutefois une réalité dont on parle peut-être moins : l’isolement professionnel qui peut accompagner le passage d’un travail au sein d’une équipe à une pratique exercée seul·e ou dans de petites structures.
Dans les milieux institutionnels et communautaires, les échanges informels avec les collègues, les réunions cliniques et la présence de personnes plus expérimentées peuvent constituer des sources importantes de soutien professionnel. Ces occasions de consultation deviennent parfois moins accessibles en pratique autonome, alors même que les situations rencontrées ne sont pas nécessairement moins complexes.
De l’acquisition de connaissances au développement du jugement clinique
L’offre de formation destinée aux professionnel·les du domaine psychosocial est aujourd’hui vaste. Les intervenant·es ont accès à de nombreuses approches, modèles théoriques, outils cliniques et données issues de la recherche. La formation continue demeure évidemment essentielle au maintien et au développement des compétences.
Pourtant, les besoins exprimés par les professionnel·les que je rencontre ne concernent pas toujours l’acquisition de nouvelles connaissances. Plusieurs cherchent plutôt un espace pour réfléchir à l’application de ce qu’ils connaissent déjà : analyser une situation particulièrement complexe, départager différentes avenues d’intervention, valider la cohérence d’une décision avec leur rôle professionnel ou prendre du recul lorsqu’un dossier suscite un inconfort.
Ces questionnements relèvent en grande partie du jugement clinique. Celui-ci se nourrit des connaissances théoriques et scientifiques, mais également de l’expérience, de la réflexivité et de la capacité à mettre son raisonnement à l’épreuve. Les échanges avec des collègues, la supervision, le mentorat et les communautés de pratique peuvent alors jouer un rôle complémentaire à celui de la formation formelle.
Discuter d’une situation avec une autre personne permet parfois moins d’obtenir une réponse que de mieux formuler la question. Le fait d’expliciter son raisonnement, d’entendre une perspective différente ou de reconnaître ses propres angles morts contribue au développement d’une pratique plus réfléchie. Le doute clinique n’est d’ailleurs pas nécessairement le signe d’un manque de compétence. Dans certaines situations, il témoigne simplement de la complexité réelle du travail et de la nécessité de prendre le temps d’en examiner les différentes dimensions.
Des espaces pour réfléchir à sa pratique
La supervision clinique, le mentorat et les communautés de pratique répondent à des besoins différents, mais partagent une fonction importante : créer des espaces où la pratique elle-même peut devenir un objet de réflexion.
Ces espaces permettent notamment de revenir sur une intervention, de discuter d’une zone grise, d’explorer les réactions suscitées par une situation ou de réfléchir aux limites de son rôle. Ils peuvent également contribuer à diminuer l’isolement professionnel et à normaliser le fait que l’exercice du jugement comporte inévitablement une part d’incertitude.
Cette dimension collective me paraît particulièrement importante dans les professions psychosociales. Une part considérable de notre expertise se développe au contact des personnes accompagnées, mais également au contact de nos collègues. Certaines connaissances se transmettent difficilement dans un manuel : elles se construisent progressivement à travers l’observation, les discussions cliniques, la confrontation respectueuse des points de vue et l’expérience partagée.
C’est ce que j’aime appeler le « réfléchir-ensemble » : non pas rechercher systématiquement une réponse unique, mais disposer d’un espace suffisamment sécuritaire et rigoureux pour examiner une situation sous différents angles et soutenir le développement du jugement professionnel.
Soutenir également l’identité professionnelle
Ces espaces de réflexion contribuent aussi, à mon sens, à la consolidation de l’identité professionnelle. Dans une offre de services où plusieurs professions interviennent auprès des mêmes populations et où les outils issus de différentes approches circulent de plus en plus entre les disciplines, la contribution spécifique de chacun peut parfois devenir moins évidente à définir.
Les cadres légaux, réglementaires et déontologiques fournissent des balises essentielles à l’exercice professionnel. Leur application à la réalité clinique demande néanmoins une capacité d’analyse et de contextualisation. Comprendre son champ d’exercice ne consiste donc pas uniquement à connaître ses limites; cela implique également de reconnaître l’étendue de ses compétences, de préciser la visée de ses interventions et de situer sa contribution en complémentarité avec celle des autres acteurs impliqués.
Les échanges entre pairs offrent un contexte particulièrement riche pour développer cette compréhension. Ils permettent de confronter différentes façons d’exercer une même profession, de mieux nommer ce qui caractérise notre posture et, parfois, de retrouver une confiance qui s’était fragilisée dans l’isolement ou devant la complexité de certaines situations.
Penser sa rentrée professionnelle autrement
Planifier son développement professionnel pour l’année à venir peut donc dépasser le choix des formations à suivre. Il peut être pertinent de réfléchir également aux espaces de soutien dont nous disposons et à ceux qui pourraient manquer à notre pratique.
Pour certain·es, ce besoin sera comblé par une supervision clinique régulière. Pour d’autres, quelques rencontres de mentorat autour d’un enjeu précis seront suffisantes. Les communautés de pratique, les groupes de codéveloppement, les réseaux professionnels et les échanges informels entre collègues peuvent également jouer un rôle important. Il n’existe probablement pas une formule adaptée à tous les professionnels ni à toutes les étapes d’une carrière.
Depuis trois ans, cette conviction nourrit notamment mon implication dans une communauté gratuite de réseautage et d’entraide regroupant une cinquantaine de travailleuses sociales et travailleurs sociaux de la Montérégie. Elle influence également la façon dont j’aborde aujourd’hui la supervision, le mentorat et le soutien clinique auprès des professionnel·les du domaine psychosocial.
Dans un contexte où l’on demande beaucoup aux intervenant·es et où plusieurs exercent avec une autonomie grandissante, soutenir la qualité des services passe aussi par le maintien d’espaces où les professionnel·les peuvent continuer à apprendre les un·es des autres, réfléchir à leurs pratiques et consolider leur jugement clinique.
La rentrée peut ainsi être l’occasion de se demander non seulement ce que l’on souhaite apprendre cette année, mais également avec qui et dans quels espaces on souhaite continuer à réfléchir.
Daphnée Roger-Ostine, T.S.
Travailleuse sociale, formatrice et superviseure clinique
J'accompagne des professionnel·les et des organisations du domaine psychosocial par la formation, la supervision clinique, le mentorat et le soutien clinique ponctuel. Je m'intéresse particulièrement au jugement clinique, à l'identité professionnelle et à la place de l'intervention psychosociale en santé mentale.

besoin d'assistance immédiate?
© 2024. Tout droits réservés.